Les Merveilles du Grand Central (guide touristique de 1869) : une vision de Saint-Antonin

Dans ce Guide (anonyme), la rubrique sur les monuments de la ville de Saint-Antonin, extrait du chapitre complet qui est proposé en pièce jointe en format pdf

Le chapitre décrit minutieusement – à la manière de l’époque- l’histoire de la ville et écrit une version de la légende de Saint-Antonin. Il évoque aussi Caylus (écart par rapport à la. voie ferrée), Beaulieu.

L’auteur oppose la richesse monumentale du lieu et la ville « En montant au sommet du beffroi j’entendis sourdement bruire à mes pieds la population de tanneurs, de teinturiers et de fabricants de cadis, agglomérés dans des rues étroites, tortueuses, sales et fétides, mais ma vue se reposa agréablement sur un panorama saisissant. « 

Il dénonce aussi l’avidité et la rapacité des collectionneurs qui ont pillé le patrimoine. « L’avidité des dilettanti a ravi ces curiosités à la rapacité et à l’incurie des habitants. »

Extrait de la partie sur le patrimoine : 

« Il y a à Saint-Antonin un édifice de style roman que les habitants appellent le Petit-Monument, et qui fut un hôtel de ville. Il a été naguère classé parmi les monuments historiques et habilement restauré.

Une grande loge inférieure, à trois baies ogivales, accrue. d’une quatrième travée à jour, sur toutes ses faces, et servant de base à la tour du beffroi, comprend l’espace entier du rez-de-chaussée.

Le premier étage se compose de deux pièces : la plus petite est prise dans la tour, dont le palier est élevé de plusieurs marches au-dessus du plein pied de la grand salle, qui règne dans toute la longueur du principal corps de logis.

La façade du premier étage est décorée de dix-huit colonnettes placées sur deux rangs, par couples en profondeur, du plus charmant effet. Tous les chapiteaux sont variés et représentent des feuillages, des figurines et des chimères. Leurs tailloirs sont dentelés, denticulés et ornés tantôt de têtes fantastiques, tantôt de coquilles ou de simples modillons. Ces colonnettes sont divisées par séries de trois, également espacées au moyen de pilastres carrés, supports puissants à personnages sculptés en avant, en saillie sur le fond. Le sujet de gauche représente Adam et Ève, séparés par l’arbre fatal, autour duquel s’enroule le serpent symbolique et traditionnel dans toutes les théogonies ; l’autre sujet moins défini, représente un personnage dont la tête a été mutilée. On hésite entre Moïse, Charlemagne et le légendaire saint Antonin.

Le second étage se fait remarquer par trois grands arcs romans, encadrant deux petites arcades en plein cintre à jonction de retombée, reçue sur une colonnette unie ou torse pour former séparation. Des colonnettes à triple assise les surmontent, et portent la tablette où vient reposer la toiture en tuiles creuses. Le plancher de cette seconde partie semble être accusé par des assiettes de faïence incrustées sur cette ligne, et plus haut encore dans l’épaisseur de la maçonnerie. Ces ornements, rares en France, assez communs en Italie, ont disparu. J’en ai vu un fragment, dont les ornements sont romans, chez un collectionneur de la ville.

En montant au sommet du beffroi j’entendis sourdement bruire à mes pieds la population de tanneurs, de teinturiers et de fabricants de cadis, agglomérés dans des rues étroites, tortueuses, sales et fétides, mais ma vue se reposa agréablement sur un panorama saisissant. Au nord s’élèvent des montagnes, qui rendaient difficile l’accès de la ville aux époques féodales, et en faisaient une place importante. Au sud, dominant la voie ferrée, se dressent les abruptes falaises d’Anglars, blanchies comme des géants séculaires, qui me rappelèrent les rochers qu’on voit dans la Lozère, aux environs de Mende.

J’errai longtemps dans les rues sombres de la ville, admirant ses maisons romanes et gothiques, si tristement défigurées. J’en remarquai une du treizième siècle, dont le rez-de-chaussée est percé de deux grandes arcades ogivales, et dont une série de fenêtres géminées en ogive éclairait les pièces lorsque les volets étaient fermés.

On me mena voir, dans des maisons de chétive apparence, deux cheminées du quinzième siècle. L’une est composée de pieds droits en pierre et d’un manteau formé d’un châssis de bois recouvert de plâtre mouluré et sculpté. La hotte est hourdée également en plâtre sur planches de chêne. Un câblé vertical et horizontal est simulé sur la hotte. L’autre, plus riche, est construite de la même manière. Elle est recouverte d’une profusion d’ornements sculptés dans le plâtre et de moulures. Sur la hotte, deux anges tiennent un écusson armoyé. Deux autres écussons, posés de chaque côté contre la muraille, sont également armoyés et tenus par des anges. Ces derniers écussons paraissent porter sur le champ des instruments de métier, des doloires. Un câblé, serré avec un bâton et tenu par deux figures, semble maintenir la base de la hotte, et une chaîne retient la partie supérieure.

Les archéologues et les après collectionneurs de bibelots se sont rués sur Saint-Antonin et en ont emporté tout ce qu’ils ont pu acquérir. Il est impossible, aujourd’hui, d’y trouver les serrures, les guichets du Moyen Âge et de la Renaissance, les anneaux de suspension et les heurtoirs, qui sont allés enrichir les collections de maint amateur. L’avidité des dilettanti a ravi ces curiosités à la rapacité et à l’incurie des habitants. La passion morbide ou le goût intelligent des bibelots, – qui distinguent les esprits raffinés, dans les sociétés blasées, en quête de sensations nouvelles, – se sont développés à l’excès et sont devenus l’objet d’un commerce considérable ; aussi devient-il difficile de s’en procurer. »

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Pour la version complète du chapître sur l’étape de Saint-Antonin : cliquez sur ce lien :

merveilles du grand central Saint-Antonin


Le document complet (anonyme)  édité en 1869 (numérisé par Google) est accessible par cet autre lien : Les_Merveilles_du_Grand_Central_Guide_du

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