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1906-1908 : têtes de lettres imagées : A la coulevrine (sic)

Un papier à lettre républicain et et bien des questions…

Que sait-on de l’entreprise J-H Decroix ? 

Les deux lettres dont nous avons extrait les visuels sont adressées à la municipalité en 1906 et 1908 : l’une se plaint des riverains de la fontaine dorée qui jettent leurs détritus sur le chemin qu’empruntent les charretiers venant de Caylus et amenant leur charroi au moulin de Roumégous. De telle sorte qu’ils s’embourbent. De cette lettre, nous en déduisons que le moulin alors concassait la pierre, vraisemblablement pour le four à chaux. Cela pourrait être aussi le broyage des phosphorites pour faciliter leur utilisation agricole.

La seconde lettre demande à la municipalité de rétablir une fontaine près du Gravier, car il n’y a plus d’eau, notamment pour les laveuses  : il est alors nécessaire de leur apporter de l’eau de la fontaine de Bouteillou… (ce point sera détaillé ultérieurement dans une étude sur les fontaines et l’adduction d’eau à Saint-Antonin).

On remarquera les mentions sur la lettre : les phosphorites, les produits de traitement des cultures dont la vigne.

L’insecticide infaillible contre la teigne des luzernes : « Au vengeur« . Au gros raisin (le produit n’est pas précisé, mis à part qu’il faut se méfier des contrefaçons). Rappelons que le Vengeur est un nom attribué à plusieurs navires de la marine française : (https://fr.wikipedia.org/wiki/Vengeur_(navire)

Le dessin fait allusion au Vengeur du Peuple navire fortement glorifié et célébré au XIXe siècle, y compris par Jules Verne. Ce dessin reprend le bas-relief en bronze signé Léopold Morice qui orne le monument à la République, place de la République à Paris !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vengeur_du_Peuple

Quid de la grande mine de Lacabèque : nous n’avons pas pu trouver de mention de cette mine, que ce soit au BRGM ou dans les bases de données d’histoire régionale.

Enfin, l’utilisation du nom et de l’image de la couleuvrine (l’écriture coulevrine est parfois – et rarement attestée) qualifiée de « pièce historique de Saint-Antonin », allusion au siège de la ville par Louis XIII. De fait, cette petite pièce d’artillerie date de 1784, comme le précise la notice de l’inventaire des collections du musée (pièce jointe).

  La couleuvrine telle qu’elle était exposée au musée : photo du service de l’inventaire – Laurence Guilhem

Détail : la date de la fonte du canon (Ph. Joël Rouet)

Pour cette pièce d’artillerie, relisons E. Trutat : 

A ce propos, je ne peux m’empêcher de rappeler ici l’histoire de la couleuvrine, conservée à l’hôtel-de-ville. Ce petit canon en bronze’mesure 1 mètre de long; il porte gravée près de la lumière une couronne royale et un M. J’ai inutilement cherché dans les archives quelle était son origine. Cependant tous les habitants de Saint-Antonin savent la chanson de la couleuvrine;celle-ci relate, d’une manière assez obscure, il est vrai, le vol de la couleuvrine par les Caylussiens, et sa restitution obtenue par une délégation conduite par un certain Moussu Pagès. Encore aujourd’hui la légende de la couleuvrine est le chant populaire de Saint-Antonin, et dans les grandes circonstances elle est. chantée avec uu entrain sans pareil.

Source : Bulletin archéologique et historique de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne 1881 Tome IX ; ÉTUDE HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE PAR M. E. TRUTAT, Membre de la Société archéologique. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55763624/texteBrut

En 1853, le 6 février, le conseil municipal vote un budget pour la réparation du char du canon : 

Réparation au char supportant la pièce de canon

M. le Maire a soumis au conseil la dépense occasionnée pour la réparation de la pièce de canon dont on en prévoit de servir lors des fêtes nationales. Il demande une allocation de 74 francs pour faire face à cette dépense.

Le conseil, après avoir pris connaissance de l’état détaillé de la dépense, a trouvé que le compte du forgeron était un peu exagéré quant à la ferrure de roue du char. En votant la dépense de 74 francs, il a invité M. le Maire d’obtenir une réduction.

Assemblage des deux parties de la délibération du conseil municipal (1853) : cliquez sur l’image pour l’agrandir.

 A propos du canon (qui est en fonte et non en bronze) Jean Manié dans son livre « Récupéré » raconte comment la couleuvrine sert à faire la fête : 

« En cette année de 1900, fin du XIXe siècle, la fête resplendira de sa plus haute renommée à 40 kilomètres à la ronde. Le samedi soir, ouverture de la fête, saluée par une douzaine de coups de canon. La coulevrine, objet de tant de disputes avec une commune voisine, Caylus (les Caylussiens, un jour de tirage au sort, l’avaient volée aux Saint-Antoninois, prise et reprise), était restée aux Saint-Antoninois ; avec fierté traînée par toute la jeunesse de Saint-Antonin, sur un parcours de 12 kilomètres. Elle était ce jour-là traînée sur la place des Carmes, face au rocher d’Anglars, où chaque coup était répété par l’écho des quatre montagnes. C’était merveilleux à entendre à l’ouverture de la fête, veille de ripailles, car ce jour-là le pauvre, comme le riche, la fête comme il convient. Toutes les femmes de la rue Bombe-Cul et de la Vermine s’étaient mises en devoir d’élever des canards ; c’était la coutume, très faciles à élever, ne demandant comme nourriture que des orties, salades, du pain récupéré par la mendicité ; des lapins aussi. Ce samedi soir, elles se sont affairées pour plumer et les hommes pour dépouiller les lapins, convoitises de leur festin. (…) »

« Au souper, il (Tintin)  mangea très peu, pressé de s’en aller. Il partit, descendant la traverse, le chemin le plus court. Il se sentait plein d’espoir, il avait des ailes ; de rocher en rocher, dans ce chemin rocailleux, il courait, il ne croyait pas arriver assez tôt pour être un des premiers, pour pousser la coulevrine, y mettre seulement une main. Il arriva pour entendre le premier coup, il resplendissait de joie ; dévoué pour ramasser de l’herbe, de vieux papiers pour bourrer après chaque coup la coulevrine après y avoir mis le paquet de poudre, le garde-champêtre faisant ce jour-là l’artificier. A chaque coup, il allait à son tas de paquets de poudre, et ainsi de suite ; toute cette jeunesse voulait tenir le mandrin, bourrer la gueule du canon. Au douzième coup tiré, on ramenait la coulevrine dans sa remise, bien fermée à clef. »

Si parmi nos lecteurs, certains peuvent nous éclairer, nous intègrerons volontiers leurs contributions. Il nous reste à trouver la chanson évoquée par E. Trutat.

Source : Archives municipales (pour les deux lettres Decroix et pour la délibération de 1853).

Fiche d’inventaire du musée de Saint-Antonin : cliquez sur ce lien : couleuvrine_inventaire musée

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