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Revue de presse (1913) : Notre époque – Saint-Antonin

LA DÉPÊCHE DE TOULOUSE    JOURNAL DE LA DÉMOCRATIE –  1913

Source  : La Dépêche de Toulouse 13 juillet  1913 – article signé Henry Roujon. Vous pouvez récupérer le texte en format doc par le lien en fin d’article.

ÉDITIONS RÉGIONALES Dimanche 13 juillet 1913

NOTRE ÉPOQUE  – SAINT-ANTONIN

L’histoire devient de plus en plus une science d’agrément. Les monographies se multiplient qui rendent aux jeunes Français l’ignorance infiniment difficile. Parmi les œuvres méritoires de l’initiative privée, je n’en sais pas de plus louable que la Société des Études locales dans l’enseignement public. Un des groupes de cette Société, celui de Tarn-et-Garonne, vient d’inaugurer le plus heureusement du monde son action éducative. Il a choisi pour opuscule d’érudition vulgarisée la monographie de la vieille cité de Saint-Antonin. Il n’est pas dans notre Midi de ville plus sympathiquement vénérable. Saint-Antonin, pour ses ponts, son magnifique hôtel de ville, ses nombreuses boutiques du Moyen-Âge, est chérie des touristes archéologues. Elle est fière de son passé. Aussi la municipalité a-t-elle eu à cœur de faire les frais de la publication où M. Robert

Latouche, en savant et pieux archiviste, a résumé les faits principaux de son histoire.

« L’histoire de France est faite de l’histoire de nos villes et de nos villages », dit fort bien M. André Fontaine, en présentant aux chercheurs l’aimable travail de M. Latouche. Et le persuasif préfacier dit encore, excellemment : « Notre but, c’est de rendre tangible, à propos de chaque hameau, l’œuvre civilisatrice de la France, où, lentement, sans beaucoup de méthode, mais avec un sûr instinct, se réalise plus de justice, plus de bienfaisance, plus de science. » Par la petite histoire à l’intelligence de la grande, et par l’amour des petites patries au culte de la patrie commune.

Il a bien des choses à raconter, ce vieil hôtel de ville de Saint-Antonin, qu’une audacieuse fantaisie de Viollet-le-Duc a agrémenté, hélas ! d’une tour parasite. La vie fut intense et diverse au pied de ses murs. L’énergie humaine était sollicitée dans ses riches vallées de l’Aveyron et de la Bonnette.

Le travail s’installait volontiers à l’abri du roc d’Anglars. Saint-Antonin eut, au Moyen-Âge, des drapiers prospères. Elle fut aussi pour les drames de la Foi un théâtre cruellement ensanglanté. L’hérésie albigeoise s’y était épanouie, sous la seigneurie libérale et familière des vicomtes.

Les implacables croisés de Simon de Montfort mirent fin, au printemps de 1212, à la secte coupable et à la dynastie qui la protégeait. Saint-Antonin connut alors de sombres jours, mais cité frontière des trois pays de Rouergue, de Quercy et d’Albigeois, elle était faite pour la vie facile et libre. Elle devint quasiment république en pleine monarchie.

C’est un chapitre bien curieux d’ancienne histoire que cette constitution au seizième siècle, de la République protestante de Saint-Antonin. Les luttes entre réformés et papistes étaient ardentes dans toute la région. Cependant que Caylus restait ardemment catholique, Saint-Antonin s’efforçait d’assurer dans ses murs le triomphe de la Réforme. M. Robert Latouche a interrogé ces délibérations municipales où le mot de « République » est souvent écrit. Maîtres de la ville, « ceux de la religion » s’empressèrent, suivant une loi aussi vieille que le monde, de dicter sous le nom de liberté des lois tyranniques. « Sera enjoinct aux bouchiers de tenir les boucheries pourveues de bonnes et marchandes chaires tous les jours ordinairement sans en fère aucune différance pour la raison de vendredys. » Il était interdit d’administrer le baptême selon le rite catholique. « Fut arresté qu’il seront faicte prohibition et proclamé à son de trompe, et ne tamburin aux papistes de ne proffaner le sainct sacrement du baptesme comme ils unt accoustumé. »

A cela près, l’harmonie régnait dans cet îlot d’esprit républicain. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la fière déclaration, datée du 25 avril 1563, des consuls et du conseil général de la communauté. Tout en proclamant leur loyalisme à l’égard du roi de France, les magistrats municipaux s’estimaient assez forts pour conserver leur ville à la couronne sans l’aide de personne. Ils étaient passionnément jaloux de leur autonomie ; ils estimaient et proclamaient, que, depuis le départ des papistes, une prospérité idyllique régnait parmi les citoyens : « Ains ont tous vescu en bonne paix, fraternité et amitié sans se entrequereler, ne demander rien l’ung à l’autre, mays bien chacun de son pouvoyr. » Peut-être faut-il faire ici la part de cette éloquence électorale dont notre Aquitaine fut éprise en tout temps.

Une certaine bonhomie tempéra toujours au pays voisin de celui de Montaigne, l’âpreté des luttes religieuses. Saint-Antonin eut toutefois ses martyrs. Elle fut assiégée, lorsque Louis XIII vint combattre les protestants, par des troupes de Vendôme, d’Elbeuf et de Thémines. Un habitant de la ville nous a légué le Journal de ce siège. Le narrateur, Antoine Aymar, a compté patiemment les coups de canon des assaillants. Le 16 juin 1622, il y en eut exactement deux cent cinquante, qui ne parvinrent point à faire brèche dans les remparts. Quatre jours après, Antoine Aymar eut la main gauche emportée. Les Saint-Antoninois durent capituler. Les conditions de la reddition furent stipulées dans la maison de M. Le Brun, apothicaire. L’on convint que douze habitants seraient pendus. Comme il n’en avait été pendu que onze le premier jour, la douzaine fut complétée avec un certain Pierre Amiel. « Le temple, conclut le bon Aymar, fut métamorphosé en église romaine, le Roi l’ayant donné aux Messieurs du chapitre, et, le lendemain, on y dit la sainte messe. ». Quant à lui, témoin de la chute du protestantisme, il n’eut point d’entêtement inutile. Le père capucin Bernard le convertit sans trop d’effort à la religion du vainqueur. L’histoire de Saint-Antonin résume assez, dans son microcosme, l’histoire de l’humanité à travers les âges.

Notre regretté ami, Édouard Pouvillon, que l’on va fêter dans quelques jours, avait en dilection particulière Saint-Antoine-du-Rouergue. Il a poétiquement parlé, dans la Terre d’Oc, d’une soirée où la vieille ville des consuls indépendants et des drapiers lui révéla son noble passé : « L’ombre gagnait. Un moment vint où les maisons, les arbres des promenades, l’horizon même, flottèrent dans la poussière du crépuscule. Seul, dans l’évanouissement des couleurs et des lignes, la forme héroïque du roc d’Anglar surgissait, tel le fronton d’une acropole, baigné des lueurs suprêmes du soleil disparu. »

HENRY ROUJON.

Lien pour le texte en version doc. 1913_07_13 La Depeche Saint-Antonin

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