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Réunion publique organisée par la mairie pour l’aménagement de la place des moines : Réaction de Dominique Perchet au 29 juin 2016

Réaction de Dominique Perchet

Commentaires au 29 juin 2016

Je réagis ici à partir des notes transmises par Thierry Le Roy qu’il faut remercier pour cette initiative ; j’avais demandé par courriel à la municipalité d’avoir avant le débat les scénarios qui devaient être présentés, mais sans réponse.
Deux implicites ? La circulation routière (une interdiction de circulation au plus de 3T5 serait pourtant bienvenue) ; le miroir d’eau (autre sujet sur lequel, malgré des propositions, rien ne sort).
Il y en a un troisième : l’archéologie. Pourtant, une fouille complète, exhaustive serait un atout considérable pour Saint-Antonin. On nous dit que c’est un coût :
disons plutôt un investissement. Je rappelle que les fonds Leader peuvent aider à financer une campagne et que nous saurions faire appel à l’épargne participative (crowdfunding) et au mécénat. Mais encore faudrait-il que la question soit ouverte.

Revenons à la place des Moines et changeons de point de vue.
Raisonnons en urbaniste et non en architecte comme cela a été fait.
Reprenons la phrase de Thierry Le Roy : « La réflexion présentée par le cabinet d’architecte fait plus de place à l’esthétique du lieu qu’à des fonctionnalités ». En d’autres termes, au lieu de jouer avec des éléments qu’on bouge comme dans un jeu de construction, posons-nous la question primordiale, fondatrice : à quoi sert la place ? Quels usages lui réservons-nous ?
Aujourd’hui ?
Qui sont les usagers ? Les habitants, les riverains, les touristes… Dans quel ordre ?
Quelles sont les fonctionnalités de la place ? Elle n’est pas seulement une surface entourée de « choses » : elle a, dans la vie urbaine, des fonctions très différentes d’ailleurs des autres places de la ville ; elle les remplit plus ou moins bien et le travail consiste à réfléchir à ce qu’on veut lui faire faire (et bien faire).
Demain ?
Que voulons-nous laisser aux générations futures (de quoi sommes-nous dépositaires et qu’acceptons-nous de sacrifier ou au contraire que voulons-nous transmettre ?)
Comme dans tout patrimoine, nous ne sommes que locataires dans une chaîne entre nos prédécesseurs et nos héritiers. Lourde responsabilité ; qui laissera son nom à une opération ratée (comme les halles de J. Chirac ou l’urbanisme de Pompidou qui voulait « adapter Paris à l’automobile » avec la radiale Vercingétorix et les autoroutes sur les berges de la Seine).

A/ Les fonctions de la place
Esquissons des comparaisons :
– La place de la Halle est une place « civique » : le pouvoir (la monstration du pouvoir civil), le commerce (la halle), le marché, les boutiques, le forum (le café).
– La place de la Mairie et la place Pomiès sont des places de « prestige » ; on entre, on sort, sans fonction urbaine autre que le décor.
– La place des Tilleuls est un parking sans vie (sauf le temps du marché dominical).
La place des Moines est le second « vide » qui, selon la définition des urbanistes, « tient le plein », la ville. Si la place de la Halle (médiévale) structure le cœur de la ville, la place des Moines est la version XIXe siècle de l’urbanisme de Saint-Antonin : c’est tout à la fois un lieu de délassement, de loisirs (la promenade, le jeu des enfants, les boulistes), un espace aéré dans une ville serrée, un belvédère où on admire l’Aveyron et le Roc d’Anglars, une esplanade devant la salle des Thermes. C’est donc une place de « far-niente » où l’on vient pour ne rien faire, à la différence des autres places. Elle tire son charme de deux conjonctions qui sont d’ailleurs liées sur le thème de l’eau : l’Aveyron (l’eau sauvage) et l’eau thermale (eau domestiquée par la médecine).
Elle est tournée vers le sud, c’est le balcon de la ville médiévale.
Qui la fréquente ?
A l’observation, les « passagers » ne viennent pas pour le commerce qui n’a aucun rapport avec la place. La poste, la pharmacie, le cinéma, la brocante, même le restaurant (qui a sa propre terrasse) ont des clients qui arrivent, achètent et repartent. La place n’a pas de lien organique avec eux, elle est son propre centre d’intérêt, en soi. Cela rendra plus délicat la gestion d’un kiosque-buvette car il faudrait qu’il soit adossé à une activité déjà en place, comme la terrasse d’un café en ville.
Les utilisateurs sont :
– Les touristes qui viennent tous sur la place, sur le belvédère (la balustrade et l’escalier), voir, se faire photographier.
– Les Saint-Antoninois qui se promènent et viennent se poser sur un banc, surveiller le niveau de la rivière. Certains jouent aux boules, d’autres laissent leurs enfants courir et jouer. Certains descendent sur l’herbe, près de l’eau, sous les arbres.
Admirer, s’arrêter, se délasser, jouer, se mettre hors du temps… et une fois cela fait, se retourner pour regarder la ville.

B/ Les conflits d’usage : ils sont plutôt dans la partie voirie :
– Circulation, notamment poids lourds mais pas uniquement (conflit entre le caractère « tranquille », oasis, et le flux de transit.
– Un trottoir étroit, entre voitures en stationnement et balustrade nord.
– Stationnement : c’est pour l’instant un conflit visuel (là où le patrimoine voudrait un espace dégagé, on a une barre de voitures et en arrière-plan, une flotte jaune pétant, des voitures de la Poste).
Rétrécir la place pour gagner quelques places de parking qui seront de toute façon insuffisantes est un vieux projet qui va à l’encontre d’une ambition de ville culturelle, écologique et respectueuse de la qualité de vie. La solution a été avancée par d’autres depuis longtemps : zone bleue (effectivement respectée) sur l’ensemble du linéaire qui va d’un virage à l’autre, boulevard des Thermes.

C/ Les possibilités latentes
– Outre les fonctions de loisir sur lesquelles on reviendra, il faut imaginer que la place puisse servir aussi de lieu d’animation : il a été envisagé (avec l’association des commerçants, Coté Noble Val) qu’un marché de semaine, complémentaire au marché touristique, pourrait se tenir là, bien visible sur le passage (soit le matin, soit en fin de journée – réflexion en cours).
D’autres animations (entre le touristique, le culturel, le commercial, peuvent associer l’espace ouvert de la place et la salle des thermes. Les aménagements auront à tenir compte de cette demande, ce qui implique des accès, des aménagements légers déplaçables ou amovibles.
Si l’on synthétise, la place des Moines est un espace qui est à la fois hors de la ville (le calme – malgré le trafic routier) et un trait d’union entre la ville médiévale et la nature (l’eau, le causse).
À la différence de la cité qui est dominée par le Moyen-Âge ou le Grand Siècle, on est ici dans le XIXe siècle : en face, la gare. En arrière, le grand hôtel, en bas, le grand escalier, à droite, l’établissement thermal, à gauche, le grand restaurant. Nous avons tous les ingrédients d’une place haussmannienne. Ajoutons, même si les aménagements sont démodés, le petit kiosque et la fontaine.
Ce dernier point montre que les aménagements modernes ont du mal à tenir la distance, se démodent vite, alors que les anciens, (même s’ils sont mal entretenus) traversent les époques et les modes.
La place est donc un lieu touristique qui mérite tout le soin qu’attendent les touristes. Mais c’est aussi un lieu d’histoire (ce qu’on appelle un haut-lieu, car chargé de signification) qui attend qu’on le fasse parler.
La place a donc besoin :
– Sur le plateau, d’aménagements de confort : bancs, aire pour le jeu de boules, kiosque-buvette, une fontaine et ombre et soleil pour s’adapter aux saisons.
Il y a besoin de vide pour accueillir des animations liées à la salle des Thermes, le marché… Un plan-masse est à cet égard indispensable.
– Sur le bord sud, une fonction belvédère qui « domine » le miroir d’eau, le panorama, le spectacle des canoës : un grand escalier qui offre un « théâtre » à fonctions multiples : voir, descendre, monter, se photographier… et accueillir des spectateurs pour des contes, de la musique, des animations.
– Sur le bord nord, une séparation nette avec la rue (ne serait-ce que pour la tranquillité des parents qui accompagnent leurs enfants).
– Si les fouilles avaient lieu, une crypte archéologique pourrait permettre de découvrir en partie les vestiges de l’abbaye et offrir ainsi un attrait supplémentaire à la ville.
Ces besoins peuvent prendre plusieurs formes, plusieurs styles. Ceci étant, il est difficile de faire l’impasse sur un patrimoine particulièrement cohérent :
le patrimoine thermal qui est une autre facette de l’histoire de la ville. D’où la proposition de restituer une mise en scène qui a son unité, qui est facile à restaurer (le coût de fabrication des balustres en béton moulé est modeste et cela durera plus qu’une barrière métallique moderne).
Du coup, on retrouverait (en plus modeste, certes) ce qui fait le charme des villes d’eaux : les thermes, le grand hôtel, le parc, le belvédère, la fontaine, le tout dans une esthétique qui, en d’autres villes, est protégée car témoin d’une époque.
La place avec ses arbres, son kiosque, ses enfants joueurs ou ses adultes boulistes, est un patrimoine existant qu’il serait impensable de démolir (au profit de quoi d’ailleurs !).
Nul doute que pour les touristes, cette conjonction entre culture et aménagement urbain aurait un attrait particulier.

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